« Le numérique impose des choix de société. »
Marie-France Barthet, présidente du CAUE de l'Aude / élue au conseil régional d'Occitanie
L'intelligence artificielle (IA) s'est imposée en quelques années comme un réflexe quotidien, tant pour les citoyens que pour les entreprises et les administrations. Mais derrière l'immatérialité apparente du "Cloud", se cache une réalité physique gourmande en ressources. Quel est l'impact de l'IA sur l'environnement et comment cette technologie, présentée comme une révolution, peut-elle cohabiter avec les limites planétaires ?
🎧 Ecoutez l'intervention de Marie-France Barthet au micro du Mag de l’Environnement dans l'émission "IA et environnement" consacrée aux impacts de l'intelligence artificielle sur l'environnement. Une coproduction des radios associatives de l'Aude : Contact FM, Radio Balade, Radio Lenga d'Oc, Radio Marseillette et RCF.
L'IA aujourd'hui : un phénomène destructeur ou une mutation à venir ?
Quels sont les 3 inconvénients de l'IA et ses principaux atouts ?
- Points positifs : L'IA permet des diagnostics plus fins et la prévision de maladies grâce à l'analyse de bases de données. Elle soutient le travail des cadres, ingénieurs ou avocats dans leurs tâches complexes.
- Points négatifs : D'après Marie-France Barthet, une menace pèse particulièrement sur les "cols blancs" et les jeunes diplômés (informaticiens, traducteurs), car l'IA peut coder et rédiger à une vitesse fulgurante. En Chine, un système de contrôle généralisé via la reconnaissance faciale a été mis en place, limitant les libertés individuelles. Aussi, un autre phénomène se développe, les addictions à des IA programmées pour "faire plaisir" qui crée un isolement social préoccupant.
Les impacts réels de l'IA sur l'environnement : le poids sur les ressources
Comment l'IA affecte-t-elle l'environnement ?
Son empreinte est bien réelle et se mesure en électricité, en eau et en hectares de terres.
- Consommation énergétique : Poser une question à une IA est bien plus énergivore qu'une simple recherche internet classique. Marie-France Barthet souligne un ordre de grandeur frappant : à l'heure actuelle, l'IA consomme autant d'énergie que l'ensemble des vols d'avion autour de la planète. En France, les 352 data centers consomment déjà 2,2 % de l'électricité nationale.
- Consommation en eau : Les centres de données ont besoin d'eau en permanence pour refroidir les serveurs, créant parfois des conflits d'usage avec l'agriculture, comme on a pu le voir au Mexique.
Émissions de CO2 : En 2023, l'IA représentait déjà 4 % des émissions de gaz à effet de serre du numérique.
Focus : L'expérimentation de Météo France à Toulouse
Pour savoir comment réduire l'impact des data centers sur l'environnement, l'exemple toulousain est riche d'enseignements. Un partenariat entre l'Université de Toulouse et Météo France a permis de mettre en place des solutions vertueuses :
- Récupération de chaleur : La chaleur dégagée par les serveurs est réutilisée pour chauffer les bâtiments d'un quartier entier.
Priorisation des calculs : Lorsque la température extérieure dépasse 40°C, les calculs "non stratégiques" sont coupés pour limiter le besoin en climatisation et préserver les ressources.
L'IA : un modèle à réinventer ?
Le développement des data centers n'est pas en cohérence avec l'environnement et le vivant. Aujourd'hui, l'impact des data centers sur l'environnement s'aggrave avec l'artificialisation des sols : 827 hectares de terres non artificialisées pourraient être consommés par de nouveaux projets en France.Face à cette accélération, Marie-France Barthet nous invite à une réflexion de fond : il faudra suivre de près cette évolution pour savoir si « l'IA sera très destructrice ou s'il s'agira d'une mutation comme on en a connu d'autres ». Pour éviter le scénario d'une croissance hors de contrôle, des voix s'élèvent, notamment au sein de l'ADEME, pour une "numérisation raisonnée".
Pour aller plus loin :
- L’aspect philosophique : L'IA est-elle devenue le "Dieu sur mesure" de l'humanité ? Découvrez l'essai de Gabrielle Halpern, Intelligence artificielle : et l'Homme créa Dieu, qui interroge notre rapport quasi-religieux à la technologie.
Les scénarios futuristes : L'ADEME a modélisé 5 trajectoires pour la consommation des data centers d'ici 2060, allant de la sobriété assumée au scénario tendanciel de non-régulation.
- L'aspect économique : Les data centers se développent aussi en France. Découvrez dans cet article de capital.fr, si vous vivez à proximité d'un futur centre de données.